Contre le « choc alimentaire » mondial, stoppons la folie des biocarburants
12 avril 2008
Par Helga Zepp LaRouche
Spéculation,
flambée des prix, pénuries et émeutes de la faim — puisque l’on connaît
les causes de la crise, il est grand temps de les éliminer.
Ce
à quoi nous assistons aujourd’hui était parfaitement prévisible. Pas
moins de trente-trois pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine sont
confrontés à des urgences alimentaires et des émeutes de la faim. Il ne
fait aucun doute que le monde est menacé d’un « tsunami » alimentaire,
qui est la conséquence directe de trois facteurs : la tentative des
banques centrales de retarder l’effondrement du système monétaire
international en injectant des liquidités financières, la spéculation
sur les produits agro-alimentaires et la destruction délibérée de
cultures alimentaires pour produire des biocarburants.
La Banque
mondiale vient de publier des chiffres alarmants, montrant que le prix
du blé a augmenté de 181% au cours des trente-six mois précédant
février 2008 et que, globalement, le prix de la nourriture a augmenté
de 83% pendant la même période ! Si nous voulons éviter des émeutes à
l’échelle mondiale, la disette pour un milliard d’hommes et de femmes,
nous entraînant dans une nouvelle ère de barbarie, il faut
immédiatement suspendre toute utilisation de denrées alimentaires pour
produire des carburants et mettre en oeuvre un programme d’urgence
permettant de doubler la production alimentaire à l’échelle de la
planète.
Des émeutes de la faim ont déjà éclaté dans les pays
suivants : Burkino Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Egypte, Kenya,
Libéria, Mauritanie, Mozambique, Nigeria et Sénégal pour ce qui est de
l’Afrique, Bolivie, Guatemala, Haïti, Honduras, Nicaragua et Salvador
en Amérique centrale et du Sud, ainsi qu’en Jordanie, en Ouzbékistan et
au Yémen. Dans bien d’autres pays, une situation similaire se profile.
Pour près de deux milliards d’hommes, de femmes et d’enfants qui
souffrent de malnutrition depuis des années, cette explosion des prix
est une question de vie ou de mort.
Alors qu’une telle
catastrophe était prévisible depuis juillet 2007, date à laquelle
l’effondrement financier entra dans sa phase terminale, les émeutes de
la faim font soudain l’objet d’innombrables conférences, déclarations
et rapports. Cependant, au lieu d’admettre les causes réelles du
problème, la presse financière (Economist, Financial Times, Wall Street
Journal, etc.), invoquant le dogme de Thomas Malthus, accuse sans
vergogne la simple croissance démographique d’une population mondiale
en quête d’une alimentation de meilleure qualité. En même temps, elle
cloue au pilori des pays comme la Chine et l’Inde, soucieux de protéger
leur approvisionnement en nourriture en limitant leurs exportations.
En
réalité, cette crise entérine la faillite de la mondialisation, au nom
de laquelle on a contraint bon nombre de pays à main d’oeuvre bon
marché à exporter de la nourriture au lieu de satisfaire leur propre
demande intérieure. Ceci a encore été aggravé par la fuite en avant
dans la production à grande échelle de biocarburants, qui reviennent à
transformer des produits de forte valeur ajoutée (maïs, céréales, soja)
en produits de moindre valeur. Nul besoin de se convertir au castrisme
pour reconnaître que Fidel Castro avait parfaitement raison de prévoir
que vouloir couvrir les besoins énergétique de la planète avec des
biocarburants risquait de coûter la vie à plusieurs milliards
d’individus.
La débâcle incontestable de l’éthanol a clairement
montré que ni les voitures, ni l’environnement, ni l’agriculture ne
profitent de cette folie. Quant à l’impact environnemental, force est
de constater que les forêts tropicales ont été saccagées et les
tourbières asséchées. De surcroît, le prix du fourrage ne cesse
d’augmenter.
Dans ce contexte, il est scandaleux d’entendre nos
politiques, aveuglés par leur idéologie, appeler à accroître
l’utilisation du bio-diesel. Du point de vue de ses effets sur la
situation alimentaire mondiale, le président tchèque Vaclav Klaus a vu
juste en qualifiant l’« écologisme » de la plus grande menace pour
l’humanité.
Sommet Inde-Afrique
Un autre son de cloche
s’est, fort heureusement, fait entendre au sommet Inde-Union africaine
qui s’est tenu à Delhi les 8 et 9 avril. De nombreux orateurs y ont
dénoncé le rôle des biocarburants dans la flambée des prix
alimentaires. En effet, comme l’a remarqué un intervenant, depuis 2006,
rien qu’aux Etats-Unis, huit millions d’hectares, utilisés jusque-là
pour la culture de maïs, du blé, du soja, etc. à des fins alimentaires,
servent désormais à la production de biocarburants. En 2008, on estime
que 18% de la production céréalière aux Etats-Unis, ainsi que des
pourcentages importants au Brésil, en Argentine, au Canada et en Europe
de l’Est, seront ainsi gaspillés, alors que des centaines de millions
d’hommes sont menacés de famine.
Mais ce sommet Inde-UA a montré
aussi quel type d’approche il faudrait adopter aujourd’hui. Le
directeur général de l’Organisation onusienne pour le développement
industriel (UNIDO), Kandeh K. Yumkella, a souligné qu’une bonne
coopération entre l’Inde et l’Afrique dans le domaine de l’agriculture
permettrait de nourrir le monde, car l’Inde dispose de la technologie
nécessaire, et l’Afrique, de terres et de main d’oeuvre.
Il fit
remarquer que lors de la « révolution verte » en Inde, dans les années
1970 et 80, la technologie avait permis d’augmenter considérablement et
en peu de temps la productivité et, par conséquent, la production
céréalière. Il reste cependant à améliorer pareillement le
conditionnement et le transport dans la chaîne alimentaire. Le Premier
ministre indien Manmohan Singh s’est engagé à aider l’Afrique à
surmonter cette catastrophe alimentaire.
Les dirigeants
africains ont sans doute apprécié la différence de ton entre cette
rencontre et le sommet UE-Afrique à Lisbonne en décembre 2007, où la
chancelière Merkel, entre autres, avait épousé la ligne anglaise de
Gordon Brown sur la recolonisation de l’Afrique, tout en refusant de
lui accorder une aide concrète. Certes, l’UE a promis de porter son
aide commerciale à deux milliards d’euros, mais vu l’ampleur de la
crise, et comparé aux centaines de milliards qui sont mobilisés pour
sauver les banques en faillite, c’est plus que dérisoire.
Au
lieu de s’inquiéter des projets d’infrastructure entrepris en Afrique
par la Chine, la Russie et l’Inde, l’UE ferait mieux d’en prendre
exemple et de contribuer à éliminer les causes du problème, à savoir le
manque d’équipements infrastructurels.
En tout cas, la famine
qui menace aujourd’hui le monde montre que le système de libre échange
est encore plus en faillite que ne l’était le communisme entre 1929 et
1991.
Que faire ?
Il n’existe aucun bonne raison de ne
pas mettre immédiatement en oeuvre un train de mesures destiné à
neutraliser au plus vite ce « choc alimentaire ». L’objectif doit être
d’éliminer non seulement la faim, mais aussi la sous-nutrition dont
souffrait déjà un tiers de la population mondiale avant l’éclatement de
la crise actuelle. Pour cela, nous avons besoin de :
· doubler au plus vite la production alimentaire mondiale ;
· cesser d’utiliser des denrées alimentaires pour fabriquer des biocarburants ;
· construire immédiatement des infrastructures de base en Afrique, Asie et Amérique latine ;
· fournir des aides globales pour le conditionnement des aliments (chaîne du froid, irradiation, etc.) ;
· stopper la mise en jachère des terres agricoles ;
·
sous réserve de l’accord des gouvernements souverains concernés, mettre
des experts du génie militaire à disposition des agriculteurs et des
petits et moyens entrepreneurs.
Et comme la catastrophe actuelle
est une conséquence de l’effondrement du système financier mondial, la
question d’une nouvelle architecture financière mondiale, d’un «
nouveau Bretton Woods », doit être mise d’urgence sur la table.
Il
serait relativement facile de résoudre le problème, si la volonté
politique était au rendez-vous. Nous disposons déjà de toutes les
technologies et capacités industrielles nécessaires pour réaliser, en
peu de temps, un Plan Marshall mondial, ou un New Deal.
Les obstacles
L’oligarchie
financière internationale tente actuellement d’ériger un empire
mondial, avec pour satrapie, d’un côté de l’Atlantique, une Amérique
affaiblie, et de l’autre, une dictature de l’UE sur des nations
européennes spoliées de leur souveraineté. Cette oligarchie est
déterminée à laisser sombrer le monde dans un « âge des ténèbres »
plutôt que d’accepter la réorganisation du système financier et de
l’ordre économique préconisée par l’économiste américain Lyndon LaRouche
Nombre
d’entre eux voient même dans la faim un moyen commode pour réduire la
prétendue « surpopulation » mondiale. On se souviendra du prince Philip
d’Angleterre qui formula le souhait d’être réincarné, après sa mort, en
« virus particulièrement mortel » afin de combattre la surpopulation.
C’est
ainsi qu’il écrivait en 1988, dans son livre Down to Earth : « Ce qu’on
décrit comme l’équilibre de la nature est l’aptitude de la nature à se
limiter. La fertilité et la reproduction créent l’excédent que les
pertes annuleront à nouveau. Le pillage, les différences
climatologiques, les maladies et la faim – et dans le cas de l’homo
sapiens, les guerres et le terrorisme – constituent les principaux
moyens par lesquels la population est maintenue sous un certain
contrôle. »
Auparavant, dans une interview à la revue People du
21 décembre 1981, le prince Philip avait affirmé : « La croissance
démographique est potentiellement la plus grave menace pour la survie.
Nous nous trouvons devant une grande catastrophe, faute de la freiner.
(...) Plus il existe d’hommes, plus ils consomment de matières
premières, plus ils produisent de la pollution, et plus ils mènent de
guerres. Nous n’avons pas le choix. Si la population ne se limite pas
de son plein gré, elle sera régulée involontairement à travers la
maladie, la faim et la guerre. »
La famine qui se répand à toute
vitesse est un test pour tous les gouvernements du monde. Il est plus
que temps de jeter par dessus bord les axiomes politiques responsables
de la crise existentielle de notre société actuelle – néolibéralisme,
malthusianisme, écologisme, impérialisme et colonialisme.
Le
monde a besoin, au contraire, de nations souveraines oeuvrant ensemble,
suivant le principe des traités de Westphalie, c’est-à-dire l’avantage
à autrui, pour réaliser les objectifs communs de l’humanité. La
condition indispensable est d’adopter la proposition de Lyndon LaRouche
pour un nouveau système monétaire et financier.
Avons-nous, Européens, le courage de nous battre pour cette perspective ?
http://www.solidariteetprogres.org:80/article4033.html
ACTION CONTRE LA FAIM
par ZEN http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=38671
Matières premières et inflation mondiale:
"...Ce n’est pas ces évolutions ou des accidents climatiques qui
expliquent le triplement (et plus) du cours du blé depuis janvier 2006
! Allez plutôt voir du côté des grands marchés du blé, du soja, du maïs
au Chicago Mercantile Exchange. Les banques d’investissement y prennent
de fortes positions. En l’absence d’un marché organisé pour le riz,
certains fonds d’investissement en financent le stockage
(accaparement).Le même raisonnement vaut pour le pétrole (ou les
métaux). La hausse verticale des graphiques de prix ne s’explique qu’en
faible partie par la faiblesse des investissements au cours des
dernières années. La vérité est plutôt que ces investissements
paraissent absolument dérisoires au regard des positions prises à la
hausse par des... banques sur le Nymex à New York ou sur
l’International Petroleum Exchange à Londres. Les marchés sont déréglés
parce que l’or noir et jusqu’aux denrées agricoles sont devenus des
valeurs « refuges »."
Tempête sur les grains:
"...les terres consacrées aux cultures de biocarburants de synthèse ne
sont plus disponibles pour les cultures vivrières, ce qui fait que les
subventions aux biocarburants sont un facteur majeur dans la crise
alimentaire. On pourrait décrire les choses de cette façon: les gens
meurent de faim en Afrique afin que les hommes politiques américains
puissent gagner des voix dans les Etats agricoles des USA....l’une des
raisons pour laquelle la crise alimentaire a pris aussi rapidement des
proportions si dramatiques c’est parce que les principaux acteurs du
marché des céréales ont fait preuve d’un coupable laisser aller.Les
gouvernements et les vendeurs de céréales du secteur privé maintenaient
habituellement des stocks importants, pour le cas où une mauvaise
récolte aurait provoqué une pénurie soudaine. Au fil des ans,
toutefois, on a autorisé ces stocks de précaution à diminuer,
principalement parce que tout le monde en était venu à imaginer que les
pays souffrant de mauvaises récoltes pourraient toujours importer la
nourriture dont ils avaient besoin.Cet état de fait a rendu l’équilibre
des ressources alimentaires mondiales très vulnérable à une crise
affectant de nombreux pays à la fois - de la même façon que la
commercialisation de titres financiers complexes, censée répartir les
risques, a rendu les marchés financiers mondiaux très vulnérable aux
chocs systémiques..."
La crise alimentaire bouleverse la planète:
"...Certains Etats exportateurs garderaient leur marchandise pour la
vendre au plus haut. Devant la panique, des pays producteurs comme le
Vietnam, l’Inde ou la Thaïlande ont interdit les exportations. Des
fonds spéculatifs sont aussi entrés dans la danse. "La variation des prix à court terme les a beaucoup intéressés. Et désormais, ils participent à cette volatilité du marché", analyse Andrée Defois, de la revue spécialisée Stratégie grains.
En Europe, où la part du budget des ménages dans l’alimentation reste
mesurée, les effets de la crise ne se font pas trop sentir. "Mais dans les mois qui viennent, le panier de la ménagère française va augmenter dans des proportions importantes, prévient Jean-Pierre Brun. Car il va bien falloir répercuter la hausse actuelle des prix.."